{"id":2805,"date":"2026-02-11T12:35:15","date_gmt":"2026-02-11T11:35:15","guid":{"rendered":"https:\/\/interludewithanna.com\/?p=2805"},"modified":"2026-02-11T20:07:59","modified_gmt":"2026-02-11T19:07:59","slug":"eloge-de-la-lenteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/eloge-de-la-lenteur\/","title":{"rendered":"\u00c9loge de la lenteur"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"882\" class=\"wp-image-2815\" style=\"width: 900px;\" src=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly.webp\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly.webp 1800w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly-300x294.webp 300w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly-1024x1003.webp 1024w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly-768x752.webp 768w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly-1536x1504.webp 1536w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/cnn_leiter_thumbonly-12x12.webp 12w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">\u00c0 d\u00e9faut de retenir le temps, on peut en voler des bribes. L\u2019embrasser. S\u2019y lover. S\u2019y d\u00e9ployer. Essayer de l\u2019habiter le plus pleinement possible.<br>Choisir la contemplation, la fl\u00e2nerie et la douceur.<br>Choisir la lumi\u00e8re et la sensualit\u00e9.<br>Choisir la lenteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">Ne pas avoir peur d\u2019\u00f4ter.<br>S\u2019effeuiller et effeuiller le monde.<br>Se mettre \u00e0 nu. Le mettre \u00e0 nu.<br>La d\u00e9licatesse est essentielle. Une fois les p\u00e9tales tomb\u00e9es, on peut souffler sur le pistil, l\u00e9g\u00e8rement. <br>Sens comme il est duveteux, soyeux, presque chaud. Effleure-le, go\u00fbte-le. Embrasse-moi.<br>Peu \u00e0 peu, se d\u00e9barrasser du superflu.<br>S\u2019\u00e9chapper pour mieux briller.<br>\u00c9laguer pour que la s\u00e8ve circule mieux.<br>Inspirer. Expirer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">Exiger le meilleur, encore plus, partout, tout le temps.<br>Exiger la po\u00e9sie. Rien de moins que l\u2019intensit\u00e9 de la po\u00e9sie.<br>Ne jamais vivre \u00e0 moiti\u00e9, et pour cela, pour \u00eatre pleinement, il faut ralentir et laisser la place au vide.<br>\u00c9largir le rien. Habiter les interstices. Faire grandir les silences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">Et nue,<br>regarder<br>toucher<br>\u00e9mouvoir<br>car c\u2019est ainsi qu\u2019en retour, on est touch\u00e9e et \u00e9mue.<br>C\u2019est l\u00e0, au c\u0153ur, que palpite la vie, ne penses-tu pas ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">Passer les doigts dans tes cheveux.<br>De mes l\u00e8vres, descendre le long de ton cou, de la pulpe de ton oreille \u00e0 ta clavicule, sentir l\u2019arri\u00e8re de ta nuque frissonner l\u00e9g\u00e8rement, voir la chair de poule se dresser \u00e0 vue d\u2019\u0153il.<br>De ma langue, toucher chacune de tes vert\u00e8bres, fr\u00f4ler chacun de tes grains de beaut\u00e9, go\u00fbter le creux de ton nombril.<br>Mon doigt passe sur l\u2019arr\u00eate de ton nez, s\u2019enroule dans les poils de ton torse, caresse ton ventre, suit la courbe de tes fesses et le grain de ta peau.<br>Je prends ton sexe dans ma main. Il est chaud. J\u2019y appose ma joue, embrasse ta longueur, joue avec le gland. Et comme une liane, je remonte \u00e0 tes l\u00e8vres, \u00e0 tes yeux.<br>Pendant de longues minutes, nous nous regardons ainsi, nous plongeons l\u2019un dans l\u2019autre.<br>Cultiver l\u2019art de la contemplation, des \u00eatres humains, des choses.<br>L\u2019inanim\u00e9 existe-t-il ? Pour moi, tout est habit\u00e9.<br>L\u2019arbre devant ma fen\u00eatre est mon plus pilier le plus solide, chaque jour il est l\u00e0, immuable et pourtant diff\u00e9rent, jamais le m\u00eame, jamais.<br>Privil\u00e9gier le petit au grand.<br>Ce qui est \u00e0 ma port\u00e9e de ce qui ne l\u2019est pas.<br>Tant de choses pr\u00e9cieuses d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9es, qu\u2019il suffit de retrouver, red\u00e9couvrir, r\u00e9 explorer.<br>En fait, tout est l\u00e0, d\u00e9j\u00e0.<br>Il n\u2019y a rien de fou \u00e0 aller chercher, c\u2019est le secret, tout est l\u00e0.<br>Ce livre que je reprends, oubli\u00e9.<br>Ce souvenir qui ressurgit, me fait sourire malgr\u00e9 moi.<br>Ce rendez-vous que j\u2019ai ce soir, \u00e0 l\u2019autre bout de Berlin, car c\u2019est \u00e0 Berlin que je suis \u00e0 l\u2019instant, et comme il neige, j\u2019irai \u00e0 pieds, tout doucement. <br>Pr\u00e9cautionneusement, je marcherai sous les flocons.<br>Je c\u00e9l\u00e8bre chaque moment, y compris et surtout le chemin.<br>Le chemin en soi a de l\u2019importance, il n\u2019est pas un entre deux, il n\u2019y a pas d\u2019entre deux, il est, compl\u00e8tement, en soi.<br>Tout.<br>Savourer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">R\u00e9solument la t\u00eate dans les nuages.<br>Le ciel au dessus de nous, regarde comme les nuages d\u00e9filent lentement, mouvants, changeant de forme, regarde, on dirait un immense point d\u2019interrogation !<br>C\u2019est un lieu commun et pourtant, qu\u2019y a-t-il de plus vrai, de plus beau que les nuages ?<br>Tout est l\u00e0, d\u00e9j\u00e0.<br>Dans les clich\u00e9s, dans les instantan\u00e9s, dans les tirages et ces nuages pouss\u00e9s par le vent, qui avancent au-dessus de nous, sans se presser, sans jamais s\u2019arr\u00eater.<br>\u00c9crire lire marcher faire l\u2019amour manger parler rire \u00e9crire.<br>D\u00e9guster la vie tant qu\u2019elle est l\u00e0.<br>La vie ? Qu\u2019est-ce que c\u2019est au fond, sinon une pause, une parenth\u00e8se ? <br>Une flamme dans le n\u00e9ant ?<br>Ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu a \u00e9t\u00e9.<br>Ce qu\u2019il me reste : l\u2019inconnu devant moi.<br>L\u2019horizon.<br>La superbe.<br>Trois points de suspension.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">Je traverse Berlin. Les temp\u00e9ratures sont n\u00e9gatives. \u00c0 Paris, c\u2019est rare, et Berlin sous la neige, c\u2019est vraiment quelque chose.<br>Je suis \u00e9merveill\u00e9e.<br>Pourquoi la neige am\u00e8ne-t-elle automatiquement cette aura magique, enchant\u00e9e ?<br>Le sourire immense sur le visage, j\u2019avance maladroitement sur la surface glac\u00e9e.<br>La bu\u00e9e sort de moi, mes doigts sont gel\u00e9s malgr\u00e9 les \u00e9pais gants.<br>La neige rend le monde cotonneux, \u00e9touff\u00e9. M\u00eame les sons sont \u00e9teints.<br>Je glisse r\u00e9guli\u00e8rement sur des plaques de glace et puis je me rattrape.<br>Une all\u00e9gorie, encore, je me dis, une all\u00e9gorie.<br>Sous mon manteau, l\u2019\u00e9toffe de ma robe. Sous ma robe, la peau nue, tout l\u00e0-haut, entre l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de mes bas et la soie de ma culotte.<br>Je suis habill\u00e9e de blanc mais mon c\u0153ur est br\u00fblant et sanglant, et il bat, et ma lingerie est rouge carmin, ma peau ti\u00e8de. \u00c0 cet endroit de chair, pourtant \u00e0 nu sous le tissu, je n\u2019ai pas froid.<br>\u00c0 nu, je n\u2019ai jamais froid.<br>Quand je traverse l\u2019<em>Alexanderplatz<\/em>, le vent pourrait me faire d\u00e9coller. Je pourrais danser au-dessus des buildings, rejoindre le sommet de la <em>Fernsehtur<\/em> afin de me reposer un peu plus loin dans <em>Mitte<\/em>, puisque c\u2019est l\u00e0 que nous avons rendez-vous.<br>Je passe le tambour de la lourde porte. La chaleur d\u00e9ferle sur moi comme une vague. <br>Je me retourne une seconde. Dehors, toujours, la neige, toujours le froid, alors que subitement, il fait si chaud. De fines gouttes de sueur perlent \u00e0 l\u2019or\u00e9e de mes cheveux mais mes joues sont glac\u00e9es.<br>Dans l\u2019ascenseur, je troque mes bottes fourr\u00e9es contre des escarpins. Le miroir me renvoie mon visage, les yeux brillants, les joues roses. Pas besoin de maquillage, non, pas besoin, aucun besoin.<br>Je parcours le long couloir pour arriver jusqu\u2019\u00e0 ta chambre. Mes hauts talons s\u2019enfoncent dans la moquette moelleuse.<br>Je toque, trois petits coups secs. \u00c0 travers l\u2019\u00e9paisseur de la porte, j\u2019entends le bruit de ton corps qui se meut pour ouvrir. <br>Et puis, tu apparais. <br>En une seconde, tu me d\u00e9couvres. Ton visage s\u2019illumine de joie, comme celui d\u2019un enfant devant un cadeau inesp\u00e9r\u00e9.<br>Oh ouiiiii !!! t\u2019exclames-tu, levant les bras en signe de triomphe, tu es trop belle ! Trop belle, si belle, ouiiii ! r\u00e9p\u00e8tes-tu dans une exclamation excit\u00e9e soulag\u00e9e, avant de m\u2019ouvrir grands les bras, et sans que je r\u00e9fl\u00e9chisse aucunement, je me mets \u00e0 rire moi aussi, et me voil\u00e0 qui bondis contre ton torse, nous nous embrassons \u00e0 pleine bouche, tout joyeux, si heureux que nous sautillons sur place, comme des gamins.<br>Tu fermes la porte de la chambre du bout de ta chaussure et nous laissons l\u2019hiver dehors.<br>On se conna\u00eet depuis, quoi, deux minutes ?<br>Nous avons quoi, trois heures ?<br>Prenons le temps, je te dis, prenons le temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">Et pendant qu\u2019un \u00e0 un, tu \u00f4tes les boutons de ma robe, <br>combien, combien de boutons, mille, cent, <br>caressant mes hanches, fr\u00f4lant mes seins \u00e0 travers la soie, passant tes doigts sous ma robe, \u00e9cartant l\u2019\u00e9lastique de ma culotte, <br>les bourrasques emplissent la chambre d\u2019h\u00f4tel, <br>faisant voler nos cheveux, arrachant nos v\u00eatements, <br>et dans le vent nous nous envolons, sous les flocons qui dehors continuent de tomber\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"translation-block\">\u00c0 d\u00e9faut de retenir le temps, on peut en voler des bribes. L\u2019embrasser. S\u2019y lover. S\u2019y d\u00e9ployer. Essayer de l\u2019habiter le plus pleinement possible.<br>Choisir la contemplation, la fl\u00e2nerie et la douceur.<br>Choisir la lumi\u00e8re et la sensualit\u00e9.<br>Choisir la lenteur.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"1332\" class=\"wp-image-2814\" style=\"width: 900px;\" src=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/b96993db141f046231c63bbc593891af.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/b96993db141f046231c63bbc593891af.jpg 736w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/b96993db141f046231c63bbc593891af-203x300.jpg 203w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/b96993db141f046231c63bbc593891af-692x1024.jpg 692w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/b96993db141f046231c63bbc593891af-8x12.jpg 8w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 d\u00e9faut de retenir le temps, on peut en voler des bribes. L\u2019embrasser. S\u2019y lover. S\u2019y d\u00e9ployer...<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_kadence_starter_templates_imported_post":false,"_kad_post_transparent":"","_kad_post_title":"","_kad_post_layout":"","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"","_kad_post_vertical_padding":"","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":["post-2805","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-paysages-interieurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2805"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2805\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2833,"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2805\/revisions\/2833"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2805"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}