{"id":2944,"date":"2026-05-04T16:58:41","date_gmt":"2026-05-04T14:58:41","guid":{"rendered":"https:\/\/interludewithanna.com\/?p=2944"},"modified":"2026-05-04T17:01:01","modified_gmt":"2026-05-04T15:01:01","slug":"marcel-proust-lost-in-kafkas-world","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/interludewithanna.com\/fr\/marcel-proust-lost-in-kafkas-world\/","title":{"rendered":"Marcel Proust perdu dans l'univers de Kafka"},"content":{"rendered":"<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"740\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Hieronymus_Bosch_-_The_garden_of_delices_Detail_of_the_central_part_of_the_triptych_-_MeisterDrucke-1040745-740x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2945\" srcset=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Hieronymus_Bosch_-_The_garden_of_delices_Detail_of_the_central_part_of_the_triptych_-_MeisterDrucke-1040745-740x1024.jpg 740w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Hieronymus_Bosch_-_The_garden_of_delices_Detail_of_the_central_part_of_the_triptych_-_MeisterDrucke-1040745-217x300.jpg 217w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Hieronymus_Bosch_-_The_garden_of_delices_Detail_of_the_central_part_of_the_triptych_-_MeisterDrucke-1040745-768x1062.jpg 768w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Hieronymus_Bosch_-_The_garden_of_delices_Detail_of_the_central_part_of_the_triptych_-_MeisterDrucke-1040745-9x12.jpg 9w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Hieronymus_Bosch_-_The_garden_of_delices_Detail_of_the_central_part_of_the_triptych_-_MeisterDrucke-1040745.jpg 911w\" sizes=\"auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>J'aime les listes, les inventaires. Ceux gribouill\u00e9s par des proches et perdus au fond d'une poche, d\u2019un sac ou d'un tiroir. Ceux r\u00e9dig\u00e9s par des inconnus, trouv\u00e9s dans des carnets ou au dos de photos dans des brocantes. Ceux \u00e9crits par des auteurs, de P\u00e9rec \u00e0 Sei Sh\u014dnagon, en passant par Marcel Proust qui a, \u00e0 plusieurs reprises, r\u00e9pondu \u00e0 un test issu d'un album pour adolescents\u00a0datant du XIX\u00e8me, donnant son nom au fameux questionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est comme si cette \u00e9num\u00e9ration de petits riens, de go\u00fbts, de souvenirs, rendaient palpables des individualit\u00e9s, dans toute leur singularit\u00e9, leur humanit\u00e9 et leur simplicit\u00e9, compressaient le temps, d\u00e9terraient des moments et des morts, et en mat\u00e9rialisant ce qui a disparu, rendaient plus vif le pr\u00e9sent. Ce pr\u00e9sent o\u00f9 tout tend \u00e0 s'aplanir, s'unifier, se d\u00e9shumaniser, dans ce monde dystopique qui cherche de plus en plus \u00e0 nous formater et \u00e0 nous cat\u00e9goriser.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment conserver notre individualit\u00e9, quand celle-ci, loin de nous d\u00e9marquer, nous invisibilise ? Quand nous sommes contraints d'exister en partie \u00e0 travers des r\u00e9seaux sociaux qui nous poussent \u00e0 nous fondre dans la masse, \u00e0 servir aux autres ce qu'ils aiment et connaissent d\u00e9j\u00e0 ? Quand plus nos publications sont produites sur des mod\u00e8les pr\u00e9 \u00e9tablis, plus on y joint des musiques populaires et des hashtags \u00e0 la mode, plus nous sommes mis en avant ? Le \"contenu\" vide de sens remplace le sens. Les IA, de plus en plus utilis\u00e9es sans conscience, nous poussent \u00e0 agencer nos pens\u00e9es d'une fa\u00e7on univoque \u2013 en sont t\u00e9moins certains e-mails que je re\u00e7ois, tous sur le m\u00eame mod\u00e8le bizarrement impersonnel et extr\u00eamement engageant, comme vous pouvez l'imaginer... M\u00eame en ce moment, o\u00f9 je tape ces mots sur mon (vieil) ordinateur, un logiciel me propose de compl\u00e9ter mes phrases \u2013 je dois lutter pour dire ce que moi je veux dire, et non pas ce qu'on attend de moi que je dise. Les \u0153uvres (quand elles sont soumises \u00e0 la loi du march\u00e9) sont peu \u00e0 peu simplifi\u00e9es en raison du d\u00e9ficit d\u2019attention du public. Et on sait bien qu'en r\u00e9duisant les choses et les champs, on se r\u00e9duit soi m\u00eame, on r\u00e9duit la pens\u00e9e et ce qui nous entoure. \u00c0 quel moment le monde a-t-il bascul\u00e9 dans un mauvais plagiat de <em>1984<\/em>?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, qui ai toujours essay\u00e9 d'emprunter les chemins de traverse, d'aller l\u00e0 o\u00f9 poussent les mauvaises herbes et de ne jamais faire ce qu'on attendait de moi, c'est totalement anxiog\u00e8ne. Comment se tenir droit, singulier, unique dans un environnement qui nous ordonne de rentrer dans le rang pour exister ?<\/p>\n\n\n\n<p>J'aime le monde parce qu'il est complexe, imparfait et plein d'asp\u00e9rit\u00e9s. Parce qu'on ne peut rien r\u00e9sumer en une phrase, parce qu'il est violent et lumineux \u00e0 la fois, parce que ni les \u00e9motions, ni les sentiments ne peuvent \u00eatre censur\u00e9s, parce qu'il d\u00e9borde sans cesse, et se dresse en dehors des cadres, des marges et des r\u00e8gles. C'est \u00e7a que j'aime, les d\u00e9bordements. C'est \u00e7a qui m'int\u00e9resse et m'attire dans la vie, ce que je ne sais pas, ce qui jaillit. L'inattendu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><em>Au fond de l&#8217;Inconnu pour trouver du nouveau<\/em> !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voici donc, dans les pas de Proust et de tant d\u2019autres, mon questionnaire. Comme Proust, et parce que, comme me l'a dit une chor\u00e9graphe avec qui j'ai (longtemps !) travaill\u00e9, je suis r\u00e9fractaire \u00e0 la r\u00e8gle, j'ai modifi\u00e9 certaines questions, selon mes go\u00fbts\u2026.<br>Je ne sais pas ce qu'il raconte v\u00e9ritablement de moi, sans doute un peu de mon \u00e9tat d'esprit \u00e0 l'instant T. Ce qui est d\u00e9j\u00e0 en soi quelque chose. <br>Une v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si d\u00e9risoire. <br>Un c\u0153ur qui palpite, quelque part, dans un corps, sur terre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>UNE TOUCHE D'ANNA<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma vertu pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e :<\/strong> La gentillesse, le calme int\u00e9rieur. Cela va souvent de pair.<br><strong>La qualit\u00e9 que je pr\u00e9f\u00e8re chez un homme :<\/strong> La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la vraie, c'est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9coute de l'autre.<br><strong>La qualit\u00e9 que je pr\u00e9f\u00e8re chez une femme : <\/strong>La m\u00eame, exactement.<br><strong>Le principal trait de mon caract\u00e8re :<\/strong> L'ind\u00e9pendance. Mon incapacit\u00e9 \u00e0 rentrer dans le moindre moule - m\u00eame quand le moule est joli et qu\u2019il fait bon y \u00eatre !\u00a0<br><strong>Ce que j'appr\u00e9cie le plus chez mes amis : <\/strong>Leur fid\u00e9lit\u00e9, leur humour et ce quelque chose d'ind\u00e9finissable qui p\u00e9tille au fond de leurs yeux.<br><strong>Mon principal d\u00e9faut :<\/strong> Mon incapacit\u00e9 \u00e0 me presser.<br><strong>Mon occupation pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e : <\/strong>R\u00eaver.<br><strong>Mon r\u00eave de bonheur :<\/strong> Continuer comme \u00e7a.<br><strong>Quel serait mon plus grand malheur\u00a0?<\/strong> De ne plus \u00eatre au pr\u00e9sent de mes d\u00e9sirs. <br><strong>Quelle est votre plus grande extravagance ?<\/strong> Ma qu\u00eate de simplicit\u00e9.<br><strong>Quel est votre \u00e9tat d'esprit actuel ?<\/strong> Baigner dans la lumi\u00e8re, sans en nier les noirceurs.<br><strong>A quelle occasion mentez-vous ?<\/strong> Sur sc\u00e8ne. Dans la vraie vie, je suis une pi\u00e8tre menteuse.<br><strong>Ce que je voudrais \u00eatre :<\/strong> Je ne peux m'imaginer \u00eatre quelqu'un d'autre que moi. Est-ce pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que j'ai choisi un m\u00e9tier o\u00f9 sur sc\u00e8ne, je dois me glisser dans la peau de personnages, rev\u00eatir des masques et constamment me glisser dans d\u2019autres vies que la mienne ?<br><strong>Le pays o\u00f9 je d\u00e9sirerais vivre :<\/strong> Ici et maintenant.<br><strong>Quelle est la chose la plus pr\u00e9cieuse que vous poss\u00e9diez ?<\/strong> Ma joie.<br><strong>La couleur, la fleur, l\u2019oiseau que je pr\u00e9f\u00e8re :<\/strong> Je les aime toutes, sans exception. J'aime la diversit\u00e9 des choses.<br><strong>Mes artistes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s :<\/strong> Il y en a tant ! Je vais citer les dix premiers qui me viennent \u00e0 l'esprit, l\u00e0 maintenant tout de suite. Demain, la liste pourrait \u00eatre compl\u00e8tement diff\u00e9rente. (...) Lee Miller, Roberto Bola\u00f1o, Louise Lab\u00e9, Leon Spilliaert, Raymond Carver, Henry Purcell, Goliarda Sapienza, Meret Becker, Keith Jarrett, Ryusuke Hamaguchi, Chris Marker (...) Ah tiens, il y en a onze, je vous avais dit que j'\u00e9tais r\u00e9fractaire aux r\u00e8gles !<br><strong>Mes h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efnes dans la fiction :<\/strong> Les personnages secondaires. Ils cachent une myst\u00e9rieuse histoire<strong> <\/strong>dont ils sont les vedettes.<br><strong>Mes h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efnes dans l'histoire : <\/strong>Les inconnus. Les anonymes.<br><strong>Mes h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efnes dans la vie r\u00e9elle : <\/strong>Ceux qui gardent la t\u00eate haute.\u00a0<br><strong>Ce que je d\u00e9teste par-dessus tout :<\/strong> Les gens satisfaits d'eux-m\u00eames. Ils se pensent g\u00e9n\u00e9reux alors qu'ils n'\u00e9coutent qu'eux.<br><strong>Quelle serait, pour vous, une nuit parfaite ?<\/strong> Autour d\u2019un repas (oui, j\u2019adore manger), avec un verre de bon vin (oui, j\u2019adore boire) puis entre les draps (oui, j\u2019adore les tissus), partager quelque chose de profond avec un autre \u00eatre humain \u2014 que cela soit notre premi\u00e8re ou notre \u00e9ni\u00e8me rencontre, que cela puisse s\u2019exprimer avec des mots ou non. Sentir que j\u2019ai v\u00e9cu, pour de vrai, un moment avec quelqu\u2019un.<br><strong>Le don de la nature que je voudrais avoir : <\/strong>Le don d'ubiquit\u00e9.<br><strong>Comment j'aimerais mourir : <\/strong>Dans un sourire en coin. Ou dans un \u00e9clat de rire.<br><strong>Ma devise favorite :<\/strong> \"A toute chose, malheur est bon.\" Jusque l\u00e0, cela s'est toujours v\u00e9rifi\u00e9, m\u00eame lors de mes plus grandes trag\u00e9dies personnelles... Cela pourrait \u00eatre aussi : \"Encore plus, partout, tout le temps.\" Croyez-moi ou non, au fond, c'est la m\u00eame chose.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"782\" src=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Leon_Spilliaert_-_Swans_c_1900_-_MeisterDrucke-1194695-1024x782.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2946\" srcset=\"https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Leon_Spilliaert_-_Swans_c_1900_-_MeisterDrucke-1194695-1024x782.jpg 1024w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Leon_Spilliaert_-_Swans_c_1900_-_MeisterDrucke-1194695-300x229.jpg 300w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Leon_Spilliaert_-_Swans_c_1900_-_MeisterDrucke-1194695-768x586.jpg 768w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Leon_Spilliaert_-_Swans_c_1900_-_MeisterDrucke-1194695-16x12.jpg 16w, https:\/\/interludewithanna.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Leon_Spilliaert_-_Swans_c_1900_-_MeisterDrucke-1194695.jpg 1260w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019aime les listes, les inventaires. 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